Et si le bonheur de notre intestin résidait dans la gestion de notre stress au quotidien? - Blond Story

Et si le bonheur de notre intestin résidait dans la gestion de notre stress au quotidien?

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C’est la même chose d’année en année : dès que je descends l’escalier qui mène à la réception de la clinique dentaire, l’odeur bien précise de l’endroit me ramène immédiatement à mon enfance. À peine quelques secondes s’écoulent et ça y est : j’ai mal au ventre. Pourtant, ce n’est qu’un rendez-vous de routine : un simple nettoyage de dents, aucune piqûre, aucune douleur! Néanmoins, mon corps se rappelle des nombreuses chirurgies dentaires complexes et douloureuses que j’ai subies alors que j’étais toute petite. Pour lui, l’odeur caractéristique de la clinique est directement associée à des expériences désagréables. Ainsi, à chaque visite annuelle, dès le moment où mon cerveau reconnait cette odeur, il envoie un message au reste de mon corps : fuis!

Ce genre de situation vous est-elle déjà arrivée? Est-ce que comme moi, vous vous êtes sentie un peu ridicule, considérant le fait qu’il n’y avait pas de réelle raison d’être stressée? C’est là que se situe toute la complexité de ce qu’on appelle l’axe cerveau-intestin : que le stress qu’on vit soit réel ou seulement une perception, notre corps ne fait pas la différence. Notre intestin reçoit le message que quelque chose ne va pas et une réaction en chaîne s’amorce. Alors qu’on savait déjà qu’à long terme, le stress peut entre autres causer un vieillissement prématuré et de l’inflammation, on parle désormais de plus en plus de l’effet que celui-ci a sur un pilier majeur de notre santé physique et mentale : notre intestin.

L’attaque du mammouth – ou comment le stress du quotidien affecte le bien-être de notre intestin.

Pourquoi avons-nous mal au ventre lorsque nous faisons face à du stress? Parce que nous sommes des femmes préhistoriques! Bien que nous ayons inventé l’électricité, l’avion et l’internet, notre corps, lui, n’a pas totalement suivi et a conservé certains réflexes de l’ère préhistorique. Ce que cela signifie, c’est que lorsque votre patron vous annonce que vous avez 2 jours pour préparer une présentation importante que vous devrez présenter devant l’ensemble de vos collègues, votre corps s’imagine qu’un mammouth s’apprête à vous attaquer. Bon d’accord, mon explication est un peu simpliste et un tantinet exagérée, mais vous comprenez l’idée.

Cette réponse combat-fuite (le fameux « fight or flight » en anglais) était bien pratique il y a quatre millions d’années mais soyons honnêtes, de nos jours, les chances que notre vie soit menacée au quotidien sont plutôt minces! Que vous viviez un stress ponctuel (un gros mammouth, comme la demande de votre patron) ou du stress chronique (pleins de petits mammouth, comme…la vie moderne de la plupart d’entre nous!), votre cerveau envoie un message au reste de votre corps. Ce message voyage via le nerf vague, le nerf le plus long de votre corps qui relie entre autres votre cerveau à votre système digestif. C’est lui le coupable si on mal au ventre juste avant un évènement qui nous stresse!

Stress & maux de ventre – un cercle vicieux qui affecte le bien-être et la santé de notre intestin

Le problème avec notre mode préhistorique, c’est qu’il cause bien plus qu’un simple mal de ventre. Lorsque le message du stress voyage jusqu’à l’intestin, il affecte entre autres l’une des grandes stars de l’heure : notre flore intestinale, ou microbiome pour les intimes. On en entend énormément parler, de notre flore intestinale, c’est notre amie. On veut qu’elle soit peuplée des bonnes bactéries, en quantité mais aussi en diversité. Or, une étude récente publiée dans le Journal of Physiology and Pharmacology démontre que le stress, tout particulièrement le stress chronique, affecte négativement la diversité et la quantité des bonnes bactéries présentes dans notre flore intestinale. Quand on sait que notre microbiome est un allié de taille pour une foule d’aspects de notre santé, ce ne sont pas de bonnes nouvelles.

Comment le stress nuit au bien-être et à la santé de notre intestin?

Tout d’abord, saviez-vous qu’environ 80% de votre système immunitaire se trouve dans votre intestin?  Cela veut dire que lorsque vous êtes stressée, vous êtes plus susceptible de tomber malade. De plus, comme l’absorption et l’assimilation de nombreux nutriments se fait au niveau de votre muqueuse intestinale, lorsque votre intestin n’est pas à son meilleur, il est possible que vous absorbiez moins bien ces nutriments. Ainsi, même si vous mangez de façon équilibrée, si vous êtes stressée, il est possible que vous ne tiriez pas le maximum de votre alimentation. Dans un cas de stress chronique, vous pourriez même développer des carences. Au fil du temps, tout ce stress peut aussi affecter la perméabilité de votre intestin et ainsi ouvrir la porte à d’autres problèmes de santé tels que l’intestin poreux et/ou les intolérances alimentaires.

Le stress peut être la cause, mais aussi la conséquence d’un déséquilibre de la flore intestinale!

Mais ce qui pourrait vous surprendre encore plus et qui fait l’objet de plus en plus d’études, c’est le fait que tout ce processus est en réalité une boucle rétroactive : non seulement le stress chronique que vous faites subir à votre corps affecte votre microbiome, mais le fait d’avoir un déséquilibre au niveau de votre flore risque en retour d’affecter votre humeur et votre tolérance au stress, voire mener à long terme à des  problèmes de santé mentale tels que l’anxiété et la dépression!

D’ailleurs, je trouve fascinant de voir que dans ma pratique de nutrithérapie, la grande majorité des gens aux prises avec le côlon irritable qui viennent me consulter sont des anxieux! L’une des nombreuses raisons qui explique ce phénomène est que presque la totalité de la sérotonine, votre hormone du bonheur, est créée dans votre intestin. De plus, certaines des bonnes bactéries de votre intestin ont comme fonction d’abaisser le taux de cortisol, votre hormone du stress. Si vous me suivez bien, lorsque votre flore intestinale connait un déséquilibre, non seulement votre corps n’arrive pas à produire autant d’hormone du bonheur qu’à l’habitude, mais en plus il gère moins bien le stress. Bref, votre stress peut être la cause, mais aussi la conséquence d’un déséquilibre de votre flore intestinale!

Comment donner un coup de pouce à votre microbiome?

Heureusement, il est possible de briser le cycle dont je vous parle ici. En effet, pourquoi ne pas utiliser ce lien à deux sens à notre avantage en attaquant de deux angles différents? Voici donc quelques trucs afin de calmer la femme préhistorique en vous tout en entretenant une flore intestinale de championne!

Du côté de la santé de votre intestin :

  • Modérez votre consommation d’alcool, c’est un irritant pour votre système digestif qui cause de l’inflammation générale dans votre corps.

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  • Évitez le sucre : c’est le meilleur ami des mauvaises bactéries qui colonisent notre intestin; plus on les nourrit, plus elles prennent le dessus sur les bonnes bactéries. Dans le même ordre d’esprit, évitez les aliments raffinés comme le pain blanc ou les pâtes blanches et optez pour les versions à grains entiers.

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  • Prenez un bon supplément de probiotiques, mais pensez aussi aux aliments prébiotiques tels que l’ail, l’oignon, les bananes, les pommes et la graine de lin. Les probiotiques sont les bonnes bactéries qu’on veut entretenir dans notre intestin, alors que les prébiotiques sont des fibres qui nourrissent ces bonnes bactéries.

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  • Intégrez plus d’aliments fermentés dans votre alimentation : ce sont des alliés de taille pour votre flore. Pensez au kombucha, au miso, à la choucroute, au kéfir, au tempeh et au vinaigre de cidre de pomme.
  • Évitez les antibiotiques lorsque possible : ne pensez pas qu’aux traitements d’antibiotiques que vous prenez si vous êtes malade, mais aussi à tous les aliments (viandes, poissons, etc) qui peuvent en contenir et privilégiez ainsi la version biologique de ces aliments.

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Du côté de la gestion de votre stress :

  • Dormez, dormez, dormez! On ne le dira jamais assez, idéalement vous devriez dormir 8 heures toutes les nuits et avoir le plus de temps de sommeil possible entre 22h et 2h du matin; c’est particulièrement à ce moment que votre corps se répare. Petite note très importante : non, on ne peut pas « récupérer » le sommeil perdu…si vous faites une nuit de 4 heures, les dommages sont faits!

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  • Intégrez une pratique quotidienne qui vous permet de ralentir et de vous ancrer. Même si ce n’est que cinq ou dix minutes, faites de votre yoga, votre méditation ou de vos exercices de respiration un non-négociable.
  • Faites du sport de façon régulière : des études démontrent que les gens actifs auraient une meilleure flore intestinale.

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  • Côté suppléments naturels, pensez aux tisanes telles que la camomille, la valériane, la passiflore, à l’huile essentielle de lavande, de menthe et mon favori, un supplément en gouttes de fleurs de Bach.
  • Si vous êtes de nature anxieuse, envisagez d’aller chercher du support d’un professionnel. Évidemment, personnellement j’ai un faible pour les pratiques impliquant les animaux, car je vois des résultats extraordinaires chez mes clients anxieux qui tentent l’expérience de ma pratique d’apprentissage facilité par les chevaux.

Références :
Whitney P Bowe, Alan C Logan. January 31 2011. Acne vulgaris, probiotics and the gut-brain-skin axis- back to the future? Gut Pathogens, 2001, 3:1.
Lyte M, Vulchanova L, Borwn DR. January 2011. Stress at the intestinal surface : catecholamines and mucosa-bacteria interactions. Cell Tissue Res., 343 (1), pages 23-32.
Jane A Foster, John F. Cryan. December 2007. Stress and the guy-brain axis : Regulation by the microbiome. Neurobiology of Stress, volume 7, pages 124-136.
Konrurek PC, Brzozowski T, Konturek SJ. December 2011. Stress and the guy : pathopsysiology, clinical consequences, diagnostic approach and treatment options. Journal of physiology and pharmacology : an official journal of the Polish Physiological Society, 6, pages 591-599.

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