La dépression saisonnière : définition, symptômes, prévention et traitement

Un texte de Paola Akl Moanack, psychologue chez Pause Thérapie.

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« S’il n’y avait pas d’hiver, le printemps ne serait pas si agréable : si nous ne goûtons pas à l’adversité, la réussite ne serait pas tant appréciée » – Anne Bradstreet

L’hiver est souvent associé à adversité, épreuve, obstacle, difficulté. Eh oui, la vie se complique durant les mois d’hiver : déneigement, déglaçage, chauffage, bottes, tuques, mitaines, surplus de vêtements, changements de pneus, etc. il faut adapter notre conduite, adapter notre façon de marcher, calculer notre temps. S’habiller, se déshabiller, chauffer la voiture, marcher… l’hiver nous oblige à aller plus lentement, à faire plus attention.

Bref, notre comportement change et avec lui, souvent notre humeur. Les mois d’hiver, nous devenons un peu plus sensibles, moins patients, moins motivés. Nous ne sommes pas les seuls d’ailleurs, tous les mammifères changent leurs comportements selon la saison, dans une tentative d’optimiser la reproduction et l’alimentation durant les différentes périodes de l’année. Et tout comme les ours, nous aimerions tout simplement dormir tout le long de l’hiver pour ne nous réveiller qu’au printemps suivant.

Nous décrivons ces changements souvent comme une sorte de « déprime hivernale » (winter blues) que la plupart d’entre nous arrivent facilement à gérer. Cependant, ce manque d’énergie, ce besoin de manger davantage de produits sucrés, cette fatigue constante et cette espèce de tristesse accrue qui accompagne l’hiver peuvent devenir particulièrement affligeants et aller même jusqu’à affecter notre fonctionnement habituel. C’est à ce moment qu’on parle plutôt d’une dépression saisonnière.  

Qu’est-ce que c’est au juste ?

La dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier (TAS), est un type de dépression (dépression majeure avec un pattern saisonnier) qui se présente normalement à la fin de l’automne et début de l’hiver et qui tend à s’estomper à l’arrivée du printemps. Les femmes en souffrent davantage que les hommes et, plus on s’éloigne de la ligne de l’Équateur, plus la probabilité d’en souffrir augmente. Cela est dû au fait que la dépression saisonnière est directement reliée au manque de lumière.

La lumière du soleil entre dans notre cerveau par la rétine et stimule la production des hormones et neurotransmetteurs responsables de nos cycles circadiens. Cela signifie que c’est la lumière du soleil qui détermine, dans notre cerveau, nos cycles de sommeil, notre appétit et notre humeur. Moins il y a de lumière, plus notre corps sera enclin à une sorte d’hibernation qui consiste à manger davantage de glucides (afin de les transformer en source d’énergie qui servira à conserver la chaleur), à dormir davantage (ce qui nous met dans une sorte d’état léthargique), et à ressentir une baisse de motivation importante (encore reliée audit état léthargique nécessaire à la conservation de l’énergie).

Quand ces symptômes deviennent dérangeants, qu’ils affectent notre vie quotidienne, notre capacité de fonctionner normalement et que cela arrive à la même période durant au moins deux ans consécutifs, on peut soupçonner qu’il ne s’agit plus d’un changement adaptatif, mais d’un véritable trouble dépressif. Ceci peut s’expliquer par une combinaison de facteurs tels que : plus grande sensibilité de la rétine à la lumière, augmentation de la mélatonine durant les périodes d’obscurité, altérations des neurotransmetteurs, prédisposition génétique, et/ou facteurs psychologiques qui nous rendent plus enclins à des réponses dépressives. Le TAS peut se déclencher n’importe quand dans notre vie, mais commence souvent dans la période des 18 à 25 ans.

Les principaux symptômes du trouble affectif saisonnier :

Quand on parle d’un véritable trouble affectif saisonnier, on parle des symptômes les plus communs de la dépression :

  • Tristesse intense
  • Manque d’intérêt ou de plaisir dans les activités qu’on aimait réaliser auparavant
  • Changement d’appétit, envie accrue de consommer des glucides
  • Envies de dormir davantage (hypersomnie)
  • Perte d’énergie, sensation de fatigue malgré l’augmentation d’heures de sommeil
  • Augmentation de mouvements répétitifs (bouger les jambes, p.ex.) ou mouvement ou discours plus lents.
  • Sentiments de ne pas être à la hauteur, de ne pas être utile, culpabilité
  • Difficultés de concentration
  • Idées de mort, idées suicidaires, tentatives de suicide.

Comment prévenir le winter blues

Si l’hiver semble vous affecter un peu plus que la moyenne, la première chose à faire c’est d’augmenter au maximum votre exposition à la lumière :

  • Faire des marches dehors sur l’heure du dîner
  • Situer votre bureau de travail le plus proche possible de la fenêtre
  • Programmer le plus fréquemment possible des activités à l’extérieur (pratiquer des sports d’hiver)
  • Vous forcer à sortir (pas de commandes à domicile)
  • Appliquer la stratégie des chats : poursuivre au maximum les rayons de soleil qui entrent à la maison.

Si cela ne semble pas suffisant, vous pouvez penser à une lampe spéciale pour la luminothérapie, mais, s’il vous plaît, informez-vous auprès d’un professionnel avant de réaliser votre achat. La luminothérapie demande une sorte spéciale de lampe avec des intensités précises et une lumière d’une certaine qualité. Une mauvaise qualité de lampe ou une surexposition peuvent nuire à la santé de vos yeux et de votre peau.

Que faire si on soupçonne un TAS?

J’insiste, la déprime hivernale peut affecter la qualité de vie au point que cela devienne un trouble de santé mentale. Si vous soupçonnez que c’est le cas, il est très important de consulter un professionnel de la santé (médecin ou psychologue) le plus rapidement possible. Il existe différentes façons de le traiter, mais c’est important d’avoir un accompagnement professionnel.

Maintenant, si tous ces symptômes ont été présents durant l’hiver mais qu’au lieu de s’estomper à l’arrivée du printemps, ils semblent empirer, il pourrait s’agir d’un autre type de dépression. Encore là, il est très important de consulter le plus rapidement possible.

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